Dopage au Maroc, et si on en parlait ?

Dopage au Maroc, et si on en parlait ?

Rebelote. Après l'affaire Clémence Calvin en mars dernier, c'est l'affaire El Mahjoub Dazza. Un nouveau scandale qui remet sur le tapis le problème du dopage au Maroc.

Tout a commencé en mars 2019, alors qu'elle était de passage à Marrakech après un stage d'entraînement à Ifrane, l'athlète française Clémence Calvin, vice-championne d’Europe du marathon en août 2018 à Berlin, aurait esquivé un contrôle antidopage dans la ville ocre. Ce qui poussa les dirigeants français à accuser la ville d'Ifrane de "plaque tournante du dopage". La Fédération Française d'Athlétisme n'avait pas hésité à annuler un stage fédéral prévu en fin avril à Ifrane "compte tenu des suspicions sur ce site" et de l’affaire Calvin.

Après ce scandale, le journal français Le Monde, avait publié, le 9 avril, une enquête affirmant qu'Ifrane serait le paradis du dopage pour de nombreux athlètes mondiaux spécialisés dans le fond et le demi-fond.  

Des accusations qui n'ont pas tardé à faire réagir le président de la Fédération Royale Marocaine d'Athlétisme (FRMA), Abdeslam Ahizoune qui, dans une déclaration au quotidien français L'Equipe, a affirmé que cet acharnement avait "des relents colonialistes".

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Pourtant, ce n'est pas la première fois, que la ville d'Ifrane est pointée du doigt. En 2007, après avoir été lui-même sanctionné pour dopage, l’athlète marocain Aïssa Dghoughi avait révélé le recours aux substances illicites de plusieurs athlètes français lors de leurs stages à Ifrane. C'est que la petite ville est très prisée par les athlètes français en raison de son altitude (1600m). Mais après ces incidents, le choix de cette destination commence à poser problème à IAAF. En effet, l'enquête du journal Le Monde avait révélé que la ville d'Ifrane connaissait une "culture du dopage mise en place par le biais d’athlètes marocains qui ont importé les méthodes de dopage d’Espagne, d’Italie ou de Belgique".

L'ARD s'en mêle

Comme une ne suffit pas, c'est la chaîne allemande ARD qui pointe cette fois-ci du doigt le Maroc pour dopage. Dans une enquête publiée sous forme de documentaire, le média relaie des témoignages de divers athlètes et professionnels qui, disons-le, ne font que corroborer la version de la fédération française d'athlétisme.

L'enquête affirme qu'"Au Maroc, se doper est presque permis par la FRMA. Les contrôles sont rares et les produits dopants prohibés sont à la portée. Ce qui encourage les athlètes étrangers à opter pour la destination Maroc".

Pis encore, le documentaire accuse le président de la Fédération, Abdeslam Ahizoune, d'être le dirigeant de ce réseau en employant des anciens athlètes condamnés pour dopage et en leur confiant des jeunes. La fédération userait de ces pratiques illicites afin de rehausser le niveau de ses athlètes. L'instance se soucierait plus de son image internationale que du problème du dopage en lui-même. "Avant chaque compétition internationale, la FRMA procède à des tests antidopage. Si quelqu'un est dopé, il est retiré du groupe, mais n’est pas sanctionné. Sur ordres de la FRMA, il annonce une blessure”, ajoute l'enquête.

Autant d'accusations qui ne font que remettre en cause la crédibilité de la FRMA, en l'occurrence son président.

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Ahizoune au cœur du problème

Il faut bien dire les choses, depuis qu'Ahizoune est au pouvoir, la fédération d'athlétisme n'est pas au meilleur de sa forme. Alors que le Maroc détenait les plus grands noms de l'athlétisme, Hicham Guerrouj, Nawal Moutawakel, Said Aouita et j'en passe, c'est aujourd'hui "le fief du dopage".

Le président de la fédération s'était même permis, à l’occasion de la constitution des membres de la commission des athlètes du Comité national olympique marocain (CNOM) au début de l’année 2018, de proposer les noms de Hamid Ezzine et Fouad El Kaam, deux athlètes mis en cause pour dopage...

Avant-gardiste, le double champion olympique, Said Aouita, avait mis en garde contre la propagation de ce fléau dans le milieu de l’athlétisme marocain. Dans une déclaration, il avait affirmé “Lorsque j’étais revenu au Maroc et que j’avais pris les fonctions de directeur technique après Pékin 2008, j’avais promis de lutter contre le dopage, mais le président (Ahizoune) s’était opposé à moi sur ce point. Nous nous sommes donc affrontés, et je lui ai dit que le temps finira par établir les choses et que c’est le temps, et lui seul, qui déterminera celui qui a raison et celui qui a tort. Puis j’ai quitté la Fédération”. Et bien, on ne peut peux dire qu’Aouita avait tort. Le temps, et tous ces scandales, ne peuvent que confirmer ce que l'athlète avait avancé il y a des années.

Une agence marocaine de lutte contre le dopage

Face à toute cette polémique, un décret d’application sur la loi antidopage a été adopté le jeudi 30 mai 2019 en conseil du gouvernement. Le texte prévoit notamment la création d’une Agence marocaine de lutte contre le dopage. Le conseil d’administration sera composé de représentants de l’Ordre des pharmaciens, de celui des médecins, d’un vétérinaire, de représentants du mouvement sportif, d’un juge au tribunal de cassation, d’un avocat au même tribunal et d’un conseiller juridique. Le but de cette instance étant de maintenir le contrôle sur l'ensemble des fédérations sportives, non seulement celle de l'athlétisme, et de lutter contre le fléau du dopage. Cette agence devrait voir le jour dans les mois qui viennent.

Une démarche nécessaire, voire imminente, pour l'athlétisme marocain. Vu la situation actuelle, de telles accusations peuvent compromettre l'avenir de la discipline et la crédibilité de la fédération. Et n'oublions pas que ces enquêtes ont été menées par des organismes dont la crédibilité est incontestable. Une sérieuse remise en question s'impose.

Légende image principale: Source : bladi.net

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