Au-delà des frontières :  La Russie, le sport power

Au-delà des frontières : La Russie, le sport power

Dans notre dossier hebdomadaire "au-delà des frontières", cap cette semaine vers le pays des tsars.

L'histoire du sport en Russie est le fruit d'un parcours qui commence à l'époque de l'URSS. En effet, c'est sous l'égide de l'Union Soviétique que le sport devient un vecteur important du développement de la nation. À l'époque, il occupait cinq fonctions principales : promouvoir la santé et l'hygiène de vie, la défense militaire, la productivité, l'intégration de la population multi-ethnique au sein d'un État unifié, et le prestige international. C'était également un outil politique très important durant la guerre froide contre les États-Unis. Il servait à représenter les réussites du modèle soviétique face au modèle américain. L'URSS tenait donc à ce que ses sportifs soient au meilleur de leurs performances pour toutes les compétitions. Aux JO par exemple, la dominance soviétique était permanente : sur 18 participations, elle a été classée 14 fois première.

Aujourd'hui, bien que le nouveau modèle sportif garde quelques traces de l'ère soviétique, des différences sont à relever. Le sport est dorénavant axé sur trois fonctions : la santé et l'hygiène de vie, le prestige international et le patriotisme. Et si à l'époque soviétique le sport était géré uniquement par les pouvoirs publics, aujourd'hui nous remarquons un élargissement au niveau de la prise de décision, malgré la présence considérable de l'État. À cela s'ajoute le fait qu'aujourd'hui les sportifs de hauts niveaux ont le statut de professionnels alors qu'à l'époque soviétique ils étaient considérés uniquement comme amateurs.

Mais s'il y a une chose que l'on a gardé de l'ancien système, c'est bien cet intérêt pour le sport. La Russie d'aujourd'hui accorde une très grande importance au secteur sportif en tant que levier du développement, surtout depuis l'arrivée de Vladimir Poutine il y a 20 ans. Lui-même grand sportif, a tenu à faire du pays une des plus grandes puissances dans le domaine grâce à une diplomatie sportive bien réfléchie. Après avoir hérité d'un modèle sportif déplorable, il réussit à le raviver en implantant, ce que Lukas Aubin appelle la sportoklatura, un mouvement politico-sportif russe qui intègre le sport à tous les niveaux, notamment politique. En effet, la politique russe se distingue par son lien très étroit avec le sport. Comme l'avançait Lukas Aubin, il y a une certaine "politisation de l'espace sportif et à une "sportivisation" de l'espace politique". La plupart des grands clubs professionnels et institutions sportives sont dirigés par des oligarques, des politiques ou des sportifs proches du pouvoir russe. Les oligarques investissent dans le sport, les hommes politiques le contrôlent, et  les sportifs le promeuvent. Cette triade a notamment pour objectif de valoriser le sport russe à l'échelle internationale.

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Et le pari était plutôt bien gagné, puisque le pays se classe aujourd'hui comme la troisième puissance sportive mondiale. Les sports dans lesquels il domine le plus sont notamment le football, le hockey sur glace et le basket-ball. S'y ajoute le bandy (Hockey Russe), le handball, l'haltérophilie, la gymnastique, la boxe, la lutte, les arts martiaux, le volley-ball, le rugby et le ski. Des Jeux Olympiques d’hiver 2014 à Sotchi, à l’Universiade d’été 2013 à Kazan, passant par la Coupe du Monde de football masculine en 2018, la Russie s'impose de plus en plus sur la scène sportive internationale, aussi bien par ses résultats que par l'organisation des événements sportifs les plus prestigieux. De 2000 à 2018, la Russie a été le pays qui a accueilli le plus grand nombre d'évènements sportifs d'ampleur internationale durant cette période.

Et si la Russie est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à cette politique "étatico-sportive". Une politique qui lui permettra peut-être de redorer son image à l'international, surtout après les récents scandales de dopage qui l'ont éclaboussée.

Légende image principale: sportsnet.ca

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