Larbi Ben Barek : ce paradoxe franco-marocain

Larbi Ben Barek : ce paradoxe franco-marocain

"Si je suis le Roi du football alors il en est le Dieu". C'est ainsi que Pelé décrit Larbi Ben Barek. Ce dernier est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de la première partie du XXème siècle. Cependant, il est impacté par la situation ambiguë des joueurs issus des colonies.

Malgré son immense talent, Larbi Ben Barek ne compte que 17 apparitions avec l'Équipe de France. Comment l'expliquer ? La guerre et la question coloniale ont installé ce paradoxe entre la sélection et celui que l'on appelait la "Perle Noire". On ne pourrait quantifier la qualité qu'un joueur comme Ben Barek aurait apporté sur le long terme à une équipe de France alors en construction. De même, on ne peut qu'imaginer l'impulsion insufflée par un tel joueur à l'Afrique et à une sélection marocaine indépendante. 

Né en 1917 à Casablanca, il arrive en France en 1937. Dès sa première saison à Marseille, il éblouit les observateurs. Ses performances lui valent une convocation en Équipe de France. Le Maroc est alors sous protectorat français. L'approche de la bi-nationalité sportive est particulière. Les athlètes sont considérés comme français seulement dans certains sports. La question se pose lorsque les sportifs apportent un plus à la fédération. Tout au long de sa carrière, on constate ce paradoxe. Le joueur conserve sa nationalité administrative marocaine, mais porte le maillot Bleu. Aux moqueries du public italien lors d'une rencontre à Naples, il répond d'une Marseillaise entonnée à gorge déployée. 

Son attitude et ses performances compensent les relents discriminatoires de l'opinion publique. Des a priori probablement alimentés par les lois de différenciations socio-raciales mises en place dans l'empire colonial français en 1881. Ainsi, France-Soir lui consacre un portrait après ses formidables prestations. Néanmoins, de nombreux clichés sont mobilisés. Le journal le décrit arrivant à Marseille avec une " Djellaba aux vives couleurs ". Et pourtant, c'est bien après les sollicitations de cette même opinion publique que le joueur revient sous le maillot Bleu en 1954 (il en avait été éloigné par la guerre). En effet, il est réclamé à la suite d'une performance brillante lors d'une rencontre à Paris opposant la France et l'Afrique du Nord. Match qu'il dispute avec ... l'Afrique du Nord. Ben Barek réalise deux passes décisives. Il est le principal artisan de la victoire 3-2 de son équipe. L'espace d'une rencontre l'Afrique aura profité de son joyau. Une seule occasion qui laisse finalement un goût amer.  

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La carrière sportive de Larbi Ben Barek est ainsi faite. Il présente encore aujourd'hui la plus longue carrière en équipe de France (15 ans entre sa première et sa dernière sélection). Pour autant, il n'a pas disposé de la nationalité administrative française. Ici, la bi-nationalité semble témoigner de l'influence du pays récepteur pour attirer l'athlète dans un but de performance sportive à l'instant T. La preuve de cette approche réside peut-être dans la postérité de cet artiste. Alors que les classements honorifiques ne font que trop peu mention de ses dribbles envoûtants, il meurt dans l'indifférence en 1992.

Légende image principale: Larbi Ben Barek et l'Equipe de France lors d'un match face à la Pologne en janvier 1939 (Source : www.pinterest.com)

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